Synthèse technique
Points clés :

L’article présente l’analyse modale comme base de la conception sûre face aux vibrations et rappelle le cas du pont de Tacoma Narrows (1940). Il décrit les étapes MEF, notamment la préparation du modèle et la vérification de modes rigides ou artificiels liés aux liaisons/appuis.

  • L’analyse modale (MEF) détermine les fréquences propres et les formes modales d’une structure
  • Elle sert à anticiper la résonance sous des excitations typiques (moteur, vent, circulation, etc.)
  • Elle ne donne pas directement amplitudes de déplacement ni contraintes sous charges spécifiques
  • Les formes modales aident à repérer les zones sensibles et à décider de rigidifier ou d’amortir
  • La qualité du modèle (maillage, matériaux, liaisons, conditions aux limites) conditionne la fiabilité des résultats

La conception moderne de structures mécaniques exige non seulement une analyse de résistance classique des éléments, mais aussi la prise en compte des phénomènes dynamiques. Les vibrations peuvent entraîner des défaillances, de la fatigue des matériaux ou un bruit excessif — c’est pourquoi les ingénieurs recourent à des calculs par éléments finis (MEF) tels que l’analyse modale, afin d’identifier dès la phase de conception les problèmes potentiels liés aux vibrations de la structure et d’en garantir la sécurité. Des cas célèbres ont montré que négliger la dynamique peut avoir des conséquences tragiques — l’exemple classique est l’effondrement du pont de Tacoma Narrows en 1940, à la suite d’une résonance provoquée par le vent. Dans cet article, nous expliquons en quoi consiste l’analyse modale MES, quelles informations elle apporte au concepteur et comment elle permet de concevoir des structures résistantes aux vibrations. Nous présenterons les étapes d’une telle analyse, indiquerons quand et pourquoi il est pertinent de l’utiliser, aborderons le lien avec les analyses de vibrations forcées (harmoniques), l’acoustique ainsi que les essais modaux, et illustrerons les applications modernes de cette méthode dans différents secteurs — de l’industrie des machines et de l’automobile, jusqu’à l’énergie et l’électronique.

Qu’est-ce que l’analyse modale et qu’apporte-t-elle à l’ingénieur ?

L’analyse modale est une simulation des vibrations propres d’une structure, qui permet de déterminer ses fréquences propres (fréquences naturelles) ainsi que ses formes modales (mode shapes). Plus simplement, elle répond à deux questions clés : à quelles fréquences la structure entrera en résonance et quelles formes elle adoptera pendant ces vibrations. Il convient de souligner que l’analyse modale ne renseigne pas directement sur l’amplitude des déplacements ni sur les contraintes sous l’effet de charges spécifiques ; elle fournit uniquement des données sur les fréquences et les formes de vibration caractéristiques pour lesquelles une résonance peut se produire. Pour l’ingénieur, ce sont des informations particulièrement importantes : elles permettent d’anticiper d’éventuels problèmes de vibrations et d’évaluer si une structure donnée ne présentera pas une tendance à la résonance sous l’effet d’excitations typiques (p. ex., fonctionnement d’un moteur, vent, circulation des véhicules, etc.).

Les fréquences propres sont des fréquences caractéristiques auxquelles un système « vibre le plus volontiers ». En les connaissant, on peut concevoir les structures de manière à éviter qu’elles ne coïncident avec des excitations externes (p. ex. la fréquence de rotation d’une machine, des rafales de vent ou les vibrations du sol lors d’un tremblement de terre). Les formes modales, quant à elles, décrivent des schémas de déformation — c’est-à-dire quelles parties de la structure, et de quelle manière, se déplacent pour une fréquence propre donnée. En analysant les formes modales, l’ingénieur peut identifier les zones sensibles de la structure, les plus sujettes aux vibrations, et prendre des mesures pour les rigidifier ou les amortir. Le troisième concept clé est l’amortissement — le mécanisme de dissipation de l’énergie vibratoire. Bien que l’analyse modale standard par éléments finis (MEF) suppose souvent des vibrations non amorties (amortissement = 0), l’ingénieur peut intégrer un amortissement matériau ou structurel afin d’estimer la vitesse à laquelle les vibrations s’éteindront. Un niveau d’amortissement approprié aide à limiter les amplitudes vibratoires et à prévenir des oscillations prolongées.

En résumé, l’analyse modale fournit au concepteur la « signature dynamique » de la structure — un ensemble de fréquences propres et des formes de vibration correspondantes. Sur cette base, il est possible d’évaluer la sensibilité de la structure à la résonance et de s’assurer que la machine ou l’ouvrage d’ingénierie conçu sera sûr et performant en exploitation. Il s’agit d’un socle pour les analyses dynamiques ultérieures, garantissant que le projet répondra aux exigences en matière de vibrations.

Comment se déroule l’analyse modale par éléments finis (MEF) ?

Une analyse modale MEF typique se compose de plusieurs étapes, réalisées à l’aide d’un logiciel de Méthode des Éléments Finis (MEF). Ci-dessous, nous décrivons les principales phases d’une telle analyse :

1. Préparation du modèle : géométrie, maillage et conditions aux limites. On commence par créer le modèle MES de la structure analysée : il représente la géométrie de la pièce ou de l’assemblage, les propriétés des matériaux (densité, module de Young, etc.) ainsi que les conditions aux limites (mode d’appui, de fixation, etc.). Il est essentiel de discrétiser correctement la géométrie (maillage) en éléments finis et de définir de manière adéquate les liaisons entre les pièces. À ce stade, l’ingénieur veille à la qualité du modèle – une représentation fidèle de la structure réelle, car c’est elle qui conditionne la fiabilité des résultats. Un bon modèle se traduit par un maillage suffisamment raffiné dans les zones critiques, des propriétés matériaux correctes et l’ensemble des conditions aux limites pertinentes (p. ex. fixations boulonnées, appuis) reproduites au plus près de la réalité. Il convient également de s’assurer que le modèle ne présente pas de « jeux » : des éléments mal reliés ou non contraints peuvent apparaître, en analyse modale, sous forme de modes artificiels à fréquence nulle (ce que l’on appelle le déplacement libre de pièces non connectées). Vérifier que les premiers modes propres correspondent aux mouvements rigides attendus de l’ensemble de la structure (p. ex. 6 déplacements rigides pour un corps libre dans l’espace) permet de valider la justesse de la définition des appuis et des liaisons.

2. Résolution du problème propre (solveur modal). L’objectif principal de l’analyse modale est de résoudre le problème des valeurs propres pour le système d’équations du mouvement de la structure. À partir du modèle, le logiciel MES génère la matrice de masse globale ainsi que la matrice de raideur de la structure, puis résout l’équation aux valeurs propres de la forme (K – λ M) φ = 0, dont les solutions sont des couples : valeurs propres λ (liées aux pulsations propres ω, généralement λ = ω²) et vecteurs propres φ correspondants (décrivant les formes modales). En pratique, le solveur fournit une liste des fréquences propres calculées (par exemple de la plus basse vers les plus élevées) ainsi qu’un ensemble de vecteurs de déplacement pour chaque mode (que l’on peut visualiser sous forme de déformée modale). L’ingénieur définit généralement à l’avance combien de modes (formes) doivent être déterminés ou jusqu’à quelle fréquence maximale mener les calculs. En général, on calcule les premières dizaines de modes (par exemple 6–20) ou l’ensemble des modes dans une plage de fréquences pertinente du point de vue de l’exploitation. Ainsi, l’analyse se concentre sur les vibrations propres susceptibles de se situer dans la plage des excitations appliquées à la structure.

3. Interprétation des résultats : fréquences et formes de vibration. Après les calculs, l’ingénieur obtient un ensemble de résultats qu’il faut interpréter. La première étape consiste à examiner les valeurs des fréquences propres – une attention particulière est portée aux fréquences propres les plus basses (car le mode le plus bas est souvent le plus facile à exciter et présente généralement les amplitudes les plus élevées sous excitation). Les fréquences obtenues sont comparées aux fréquences d’excitation potentielles auxquelles la structure sera soumise en fonctionnement. Si l’une des fréquences propres se situe près d’une fréquence d’exploitation (p. ex. la vitesse de rotation d’une machine, la fréquence des roues d’un véhicule, la pulsation du réseau électrique ou la composante dominante des vibrations du sol), c’est un signal d’alerte – risque de résonance. La deuxième étape est l’analyse des formes propres de vibration. En observant les déformations des modes successifs, l’ingénieur peut évaluer quelles parties de la structure se déplacent le plus dans un mode donné – p. ex. s’il s’agit d’une flexion de l’ensemble, d’une vibration locale d’un panneau de revêtement, ou encore de la vibration d’un sous-ensemble. Cette connaissance indique où la structure est trop souple ou sensible aux vibrations. Par exemple, une forme propre peut révéler qu’une poutre donnée fléchit latéralement – ce qui suggère la nécessité d’ajouter des raidisseurs transversaux. Ou qu’un composant lourd vibre indépendamment du reste – ce qui peut signifier une fixation insuffisante.

Les résultats de l’analyse modale – l’ensemble des fréquences propres et des formes de vibration – sont ensuite utilisés pour orienter les décisions de conception. Si un mode propre présente un risque potentiel (par exemple, si sa fréquence coïncide avec l’excitation ou si l’on observe de fortes déformations d’éléments critiques), le concepteur peut modifier la structure avant sa fabrication. L’augmentation de la rigidité (p. ex. via des sections plus épaisses, des nervures de raidissement), la modification de la masse (ajout de masses, changement de matériau) ou l’utilisation d’amortisseurs de vibrations sont des moyens courants pour déplacer les fréquences propres ou réduire les amplitudes vibratoires. Souvent, l’analyse modale est répétée de manière itérative après l’introduction des modifications, afin de confirmer l’efficacité de ces corrections. Ainsi, l’analyse modale devient une composante à part entière du cycle de conception : dès l’étape virtuelle, on élimine les points faibles et on garantit une marge de sécurité adéquate sur le plan de la dynamique de la structure.

Quand et pourquoi réalise-t-on une analyse modale ?

Il est recommandé de réaliser une analyse modale chaque fois qu’une structure peut être soumise à des vibrations en service, ou lorsque les conséquences d’une éventuelle résonance pourraient être dangereuses. En pratique, cela concerne la plupart des projets d’ingénierie – des machines comportant des éléments en rotation, aux véhicules et aux équipements électroniques. Voici les principales raisons et situations dans lesquelles l’analyse modale est incontournable :

  • Éviter la résonance et les défaillances : L’objectif principal est d’identifier les fréquences auxquelles la structure pourrait entrer en résonance et de s’assurer que, dans des conditions normales d’exploitation, de telles coïncidences ne se produiront pas. La résonance entraîne une augmentation brutale de l’amplitude des vibrations – même de faibles forces périodiques peuvent alors provoquer de grands déplacements et des contraintes élevées. C’est une voie directe vers des dommages, des fissurations par fatigue et, dans les cas extrêmes, vers la destruction de l’équipement ou de la structure. Grâce à l’analyse modale, nous pouvons, en amont, reconcevoir la structure ou modifier les paramètres de fonctionnement de la machine afin d’éviter des conditions de résonance dangereuses. Par exemple, si nous savons qu’une machine donnée présente une fréquence propre d’environ 50 Hz, nous pouvons concevoir le système d’entraînement de manière à ne pas exciter des vibrations à cette fréquence, ou ajouter des amortisseurs si 50 Hz est inévitable.
  • Amélioration de la durabilité et de la fiabilité : Même si la résonance ne conduit pas immédiatement à une catastrophe, des vibrations continues peuvent provoquer une usure accélérée des composants (desserrage des assemblages, fatigue du matériau, détérioration des roulements, etc.). L’analyse modale permet d’identifier des modes de vibration potentiellement problématiques et d’optimiser la conception afin de réduire les vibrations indésirables en fonctionnement. Un équipement robuste n’est pas seulement celui qui supporte des charges statiques, mais aussi celui qui ne vibre pas excessivement sous des sollicitations dynamiques. Les entreprises de production exigent souvent que leurs produits réussissent des essais vibratoires rigoureux avant leur mise sur le marché – la simulation modale et les analyses associées aident à s’assurer que la conception résistera à ces tests sans dommages.
  • Confort et bruit (aspects NVH) : Dans des secteurs comme l’automobile ou l’électronique grand public, il ne s’agit pas seulement que le produit « ne se désintègre pas », mais aussi qu’il fonctionne de manière silencieuse et confortable pour l’utilisateur. Les vibrations de la structure se transforment souvent en bruit – par exemple, dans une voiture, une carrosserie vibrante émet un grondement dans l’habitacle, et dans l’électroménager, des tôles en résonance provoquent un bourdonnement. L’analyse modale permet de concevoir la structure de sorte que les fréquences de vibration critiques se situent en dehors de la plage des fréquences audibles ou perceptibles par l’être humain. On peut ainsi réduire le bruit et les vibrations ressentis par les utilisateurs, ce qui améliore la qualité du produit. De nombreuses entreprises utilisent le terme NVH (Noise, Vibration, Harshness) pour désigner les problématiques liées au bruit et aux vibrations – et la simulation modale constitue un outil de base pour lutter contre ces phénomènes. Par exemple, les constructeurs automobiles analysent les modes de vibration de la carrosserie afin d’éviter les fréquences qui provoquent un bourdonnement dans l’habitacle lors du fonctionnement du moteur. Le raidissement des panneaux de tôle ou l’ajout d’amortissements aux endroits responsables du bruit structurel peut améliorer de manière significative le confort acoustique du véhicule.
  • Exigences des normes et des procédures de conception : Dans certains secteurs, l’analyse modale est tout simplement exigée par des normes ou des lignes directrices de conception. Par exemple, dans le secteur pétrolier et gazier mentionné précédemment, la norme API 610 impose des critères relatifs à la séparation des fréquences propres par rapport aux vitesses de rotation des pompes.

En résumé, l’analyse modale s’applique de manière préventive dès la phase de conception – afin d’éviter les problèmes avant qu’ils n’apparaissent – et à des fins de diagnostic sur des structures existantes – pour élucider les causes de vibrations excessives ou de bruit en passant par des modifications de la conception. C’est un outil d’ingénierie universel, qui aide à résoudre les problèmes de vibrations à chaque étape du cycle de vie d’un produit ou d’un ouvrage. Le résultat est une structure plus sûre, plus durable et souvent mieux aboutie.

Analyse modale et vibrations forcées, analyse harmonique et acoustique

L’analyse modale, à elle seule, fournit des informations sur les propriétés dynamiques d’une structure, mais pour évaluer pleinement la réponse réelle aux vibrations, on réalise souvent des analyses complémentaires en s’appuyant sur les résultats modaux. Les prolongements naturels sont l’analyse harmonique (réponse fréquentielle à une excitation sinusoïdale), les simulations de vibrations forcées dans le domaine temporel ainsi que les analyses acoustiques. Ci-dessous, nous expliquons comment l’analyse modale se rattache à ces sujets :

Analyse harmonique et vibrations forcées

Po wyznaczeniu des fréquences propres et des formes modales, l’étape suivante consiste souvent à vérifier comment la structure se comportera sous l’effet d’un forçage dynamique spécifique. L’analyse modale a par exemple montré que la structure présente un mode propre critique à 80 Hz – mais sera-t-elle réellement endommagée si, en pratique, une vibration à cette fréquence apparaît ? L’analyse harmonique répond à cette question en simulant la réponse de la structure à des excitations sinusoïdales de fréquence variable. Elle s’appuie pour cela sur les résultats modaux – la plupart des solveurs MEF utilisent la superposition modale, c’est-à-dire la somme des contributions des différents modes propres à la réponse forcée. Autrement dit, avant de réaliser une analyse harmonique (ou, plus généralement, une analyse dynamique sous excitation), nous devons connaître les paramètres modaux du système. La base modale permet de calculer efficacement la réponse pour de nombreuses fréquences.

En pratique, l’analyse harmonique consiste par exemple à appliquer au modèle MES une force sinusoïdale d’amplitude et de fréquence données, de manière itérative pour des fréquences successives sur une plage définie (ce qu’on appelle un sweep en fréquence). On obtient alors une caractéristique fréquentielle de la réponse – par exemple l’amplitude des déplacements ou des contraintes en fonction de la fréquence d’excitation. Cela permet d’identifier les fréquences de résonance (là où la courbe d’amplitude présente un pic) et d’évaluer l’ampleur des vibrations en résonance et hors résonance. Si une résonance se situe près de la fréquence de fonctionnement et que les contraintes simulées dépassent la limite de fatigue du matériau, la structure doit être modifiée ou amortie, car à long terme elle risque de se fissurer. Ce scénario se produit lorsqu’il n’est pas possible de décaler facilement la fréquence propre (par exemple en raison de contraintes de conception) – dans ce cas, la simulation des vibrations forcées permet d’estimer le risque réel. Dans l’un des cas décrits, lorsque la fréquence propre se rapprochait dangereusement de l’excitation, les ingénieurs ont réalisé une analyse harmonique avec des forces périodiques appliquées et ont comparé les contraintes obtenues à la résistance à la fatigue du matériau ; sur cette base, ils ont estimé que les vibrations ne provoqueront pas de fissures, malgré la résonance, car l’amplitude est relativement faible. Bien entendu, il s’agit d’une situation exceptionnelle – en règle générale, nous cherchons à concevoir loin de la résonance, afin de ne pas courir le risque de fonctionner à ce point.

Il convient d’ajouter que l’analyse harmonique n’est qu’un des types d’analyses des vibrations forcées. Parmi les autres, on peut citer par exemple l’analyse transitoire (excitation impulsionnelle ou, plus généralement, apériodique dans le domaine temporel) ou l’analyse spectrale (p. ex. des vibrations aléatoires avec un spectre de fréquences imposé). Dans tous ces cas, l’analyse modale constitue le point de départ – les modes propres forment la base permettant de calculer la réponse dynamique à n’importe quelle excitation. Sans caractérisation modale du système, il serait impossible de prévoir efficacement le comportement de la structure sous charge dynamique. On peut donc dire que l’analyse modale fournit les informations indispensables à la poursuite de la simulation des vibrations de la structure dans des conditions réelles.

Lien avec l’acoustique (bruit et vibrations)

Comme indiqué, les vibrations d’une structure vont souvent de pair avec le bruit. Les éléments en vibration émettent des ondes sonores (bruit structurel) et, de plus, dans les volumes fermés (p. ex. l’habitacle d’un véhicule, le boîtier d’un appareil électronique), les ondes acoustiques elles-mêmes peuvent former leurs propres modes acoustiques, c’est-à-dire des résonances de l’air à l’intérieur. L’analyse modale joue un rôle majeur dans la conception acoustique et en NVH. D’une part, la connaissance des modes de vibration de la structure permet d’identifier ceux qui entraînent l’émission de sons indésirables. Les ingénieurs peuvent alors modifier la conception afin de réduire l’amplitude de ces vibrations (p. ex. en ajoutant des renforts) et ainsi réduire le bruit. Par exemple, dans l’un des projets automobiles, les modes de la carrosserie ont été analysés et il a été constaté qu’un mode de vibration basse fréquence du toit provoquait un bourdonnement audible pour les passagers. L’ajout d’un renfort supplémentaire du toit a augmenté la fréquence de ce mode et atténué les vibrations, ce qui a effectivement abaissé le niveau de bruit dans l’habitacle et amélioré les caractéristiques NVH du véhicule. Cela montre que la maîtrise des vibrations grâce à l’analyse modale se traduit par un fonctionnement plus silencieux et plus agréable des équipements.

Deuxièmement, les résultats d’une analyse modale peuvent servir à des simulations vibroacoustiques couplées. En disposant des modes propres de la structure, on peut réaliser une analyse dans laquelle le modèle acoustique (p. ex. l’air dans l’habitacle d’une voiture ou dans un carter) est excité par les vibrations de la structure présentant précisément ces formes et ces fréquences. Cela permet de prévoir les niveaux de pression acoustique générés par chaque mode et de déterminer lesquels sont les plus gênants. Ce type d’approche est utilisé, par exemple, dans l’industrie automobile, où l’on simule le couplage entre les vibrations de la carrosserie et l’acoustique de l’habitacle afin de localiser les sources de bruits à basse fréquence et de trouver des mesures correctives. De manière générale, l’analyse modale constitue un pont entre l’ingénierie des structures et l’acoustique dans le contexte des vibrations : elle aide à concevoir une structure qui soit non seulement résistante, mais qui ne génère pas non plus de bruit désagréable.

Essais modaux et validation expérimentale

Il convient de souligner que, même si l’analyse modale en MES est un outil très puissant pour prévoir le comportement d’une structure, il faut toujours chercher à valider la simulation par l’expérimentation. C’est précisément le rôle des essais modaux, également appelés analyse modale expérimentale (EMA). Ils consistent à exciter physiquement la structure en vibration et à mesurer sa réponse afin d’en déduire les fréquences propres réelles, les formes modales et les coefficients d’amortissement. En pratique, on utilise par exemple un marteau modal (marteau manuel avec capteur de force intégré, utilisé pour frapper la structure) ou un excitateur de vibrations (shaker électromagnétique appliqué sur la structure), ainsi qu’un ensemble de capteurs d’accélération (accéléromètres) répartis sur la structure. Le choc ou l’excitation sinusoïdale introduit une force connue, et les capteurs enregistrent les accélérations/déformations correspondantes. À partir de ces mesures, on détermine les spectres de réponse et les fréquences pour lesquelles le signal de réponse est maximal — ce sont précisément les fréquences propres. Les déplacements relatifs entre capteurs donnent la forme de vibration, tandis que la largeur des pics de résonance dans le spectre fournit une information sur l’amortissement.

Les paramètres modaux obtenus par mesures peuvent ensuite être comparés aux résultats de simulation MEF. Une telle corrélation EMA vs. MEF permet d’évaluer la précision du modèle numérique et, si nécessaire, de corriger certaines hypothèses (p. ex. la rigidité des liaisons, les valeurs du module de Young du matériau, etc.). Les ingénieurs s’appuient souvent, pour cela, sur des indicateurs tels que le MAC (Modal Assurance Criterion), qui quantifie numériquement la similarité entre la forme modale mesurée et celle calculée. Si la corrélation est faible (MAC bas ou fréquences très différentes), on revient au modèle MEF pour rechercher les causes des écarts – par exemple un encastrement sous-estimé, un élément de masse omis, etc. Ainsi, un modèle affiné de manière itérative peut ensuite servir, avec un haut niveau de confiance, à des analyses prédictives. De plus, les logiciels MES modernes permettent la mise à jour automatique du modèle à partir des résultats d’essais modaux – des algorithmes d’optimisation ajustent les paramètres du modèle afin d’obtenir une concordance avec l’expérience.

Les essais modaux sont également utilisés lorsque nous ne disposons pas encore d’un modèle suffisamment précis ou lorsque nous étudions un objet existant (p. ex. un prototype de machine, une structure sur site). En milieu industriel, on les réalise pour diagnostiquer des problèmes vibratoires des machines et vérifier la conformité du projet. Par exemple, un fabricant peut exiger du fournisseur d’une machine les résultats d’un essai modal du bâti afin de confirmer que ses fréquences propres correspondent aux déclarations issues de l’analyse MEF. Dans le cas contraire, cela peut indiquer un défaut de fabrication ou de modélisation. En résumé, l’analyse modale expérimentale constitue un complément important aux simulations : elle renforce la confiance dans les résultats et garantit que nos simulations de vibrations reflètent réellement le comportement d’une structure réelle.

Grâce à l’analyse modale, des ingénieurs de spécialités variées – des mécaniciens aux architectes, en passant par les électro-ingénieurs – conçoivent des produits et des ouvrages plus sûrs, plus durables et plus silencieux. À l’ère des simulations virtuelles, cet outil permet de gagner du temps et de réduire les coûts en détectant les problèmes de vibrations sur l’écran de l’ordinateur, plutôt que par essais-erreurs sur des prototypes. On peut affirmer sans hésiter que, dans la conception des structures mécaniques moderne et au-delà, l’analyse modale est devenue un standard des bonnes pratiques d’ingénierie – la garantie que la structure saura relever les défis dynamiques du monde réel, tout en restant stable et fiable. Grâce à elle, les calculs MES se traduisent directement par la conception de structures mécaniques offrant un niveau supérieur de sécurité et de qualité, au bénéfice final des fabricants comme des utilisateurs finaux. Dans le monde dynamique de l’ingénierie, porter un regard modal sur une structure est essentiel pour devancer les vibrations avant qu’elles ne nous prennent au dépourvu.

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Analyse modale

L’analyse modale simule les vibrations propres d’une structure afin de déterminer ses fréquences propres et ses formes modales. Elle indique à quelles fréquences une résonance peut apparaître et comment la structure se déforme dans ces modes.

Elle ne donne pas directement l’amplitude des déplacements ni les contraintes sous des charges spécifiques. Elle fournit principalement des fréquences et des formes de vibration caractéristiques.

Elles permettent d’anticiper des problèmes de vibrations et d’éviter que les fréquences propres coïncident avec des excitations externes typiques (moteur, vent, circulation). Les formes modales aident aussi à repérer les zones sensibles à rigidifier ou à amortir.

On prépare le modèle (géométrie, maillage, matériaux, conditions aux limites et liaisons), puis on résout le problème aux valeurs propres à partir des matrices de masse et de raideur. La vérification des premiers modes (mouvements rigides attendus) aide à valider l’absence de pièces mal contraintes ou non connectées.

L’amortissement dissipe l’énergie vibratoire et influence la vitesse d’extinction des vibrations. L’analyse modale standard suppose souvent un amortissement nul, mais on peut intégrer un amortissement matériau ou structurel pour estimer cet effet.

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